Saturday, 4th February 2012

Médias, médiateurs et désintermédiation

Posted on 22. oct, 2007 by Stanislas Magniant in PR2Peer, médias, relations presse

Labarbichette
Avec humour et clairvoyance, Ecosphère raconte, mi-effaré, mi-amusé la leçon inaugurale de Francis Pisani devant les étudiants-journalistes du CFJ. Mi-amusé d’une part par les réactions de ces futurs journalistes qui reproduisent les mêmes malentendus que leurs aînés. Mi-effaré d’autre part, parce que plus jeunes, et pourtant à peine mis à niveau sur les indispensables repères du nouveau système d’information.

Que l’on ne connaisse pas Digg ou del.icio.us importe peu en soi ;
mieux vaut une tête bien faîte qu’une tête bien geek. Mais ne pas
connaître les atouts du RSS pour opérer le nécessaire travail de veille
et de sourcing autour des sujet que l’on peut être amené à couvrir, ça
devient inquiétant.

Outre ces anecdotes cependant qui ne portent finalement pas à
conséquence, une partie de la conversation résume mieux que toutes les
études sur le sujet le rubicon qui sépare encore les professionnels du
journalisme et les amateurs de l’information : l’inévitable question du
statut, et donc de ce qui différencie les uns des autres :

 

“Je me sens rabaissé par l’idée [de devenir] un médiateur de
conversation. Ne sacrifie-t-on pas le regard extérieur au profit de
l’intelligence collective?”
Francis avait en effet avancé l’idée d’un nouveau rôle pour le
journaliste celui de “médiateur de conversation”. Pour les habitués des
débats sur les blogs et du Web 2.0, l’idée n’est pas nouvelle. Ici on
touche le nerf. Le nerf, c’est une certaine idée du journaliste dont le
pouvoir, car c’est bien de cela dont il est question (ne tournons pas
autour du pot), vient de la légitimité de son statut d’intermédiaire
privilégié. Le fantôme de Bourdieu plane un moment…

“Rabaissé”! Le mot est violent mais tout est dit. Je rends hommage à
la franchise de cet étudiant qui dit en un mot ce que murmure toute une
profession effarée devant les saltimbanques du web 2.0. La vérité c’est
qu’on paye deux ans de malentendus autour du discours sur les medias
participatifs et du citoyen journaliste. Deux ans pendant
lesquelles beaucoup d’élucubrations ont masqué l’essentiel du message
du Web 2.0. La nécessité de concevoir aussi, et non exclusivement, l’information comme un flux de discussions, d’oser apprendre de ses lecteurs, de les associer à la construction du media sans forcément céder sa plume, en la cédant parfois.

Revenons un instant cependant sur ce concept de médiateur de
conversation, concept "rabaissant" selon les termes de ce futur
détenteur de la sacro-sainte carte de presse.

Le métier naissant de médiateur de conversation est en effet au coeur
des mutations actuelles de l’information qui se fait conversation. De
l’autre côté de la barrière, chez les communicants, on parle de plus en
plus, pour désigner la même chose, de "community managers", de managers
de communautés, sorte de metteurs en scène et organisateurs de la
conversation entre les membres d’une communauté regroupée autour d’une
marque, d’une entreprise. Les uns se voient rabaissées, les autres se
voient réhaussés dans la conception de leur métier de demain.

Qu’à cela ne tienne cependant, les uns et les autres pourraient ne pas
avoir à appréhender ce nouveau rôle bien longtemps. Comme le rappelle
Niall Cook d’Hill & Knowlton, le Net porte en ses gènes le principe
même de désintermédiation : tout ce qui filtre, interfère, intervient
entre l’offre et la demande, entre l’information et l’internaute serait
condamné à devenir un obstacle éminemment surmontable. Média
aujourd’hui, médiateur demain, "désintermédié" après-demain.

 

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