« Comment faire évoluer votre inepte site corporate »
Posted on 19. août, 2007 by Stanislas Magniant in communication corporate

Un titre provocant, et un billet provocateur : il n’en fallait pas plus pour attirer l’attention sur ce mini-pamphlet de Jeremiah Owyang (cf. traduction complète de l’article ci-après), et pour stimuler une discussion indispensable sur la question fondamentale de la réputation corporate en ligne.
Les entreprises savent pertinemment que leur image corporate ne se limite pas à ce que l’entreprise elle-même professe dans ses annonces institutionnelles. L’image d’une entreprise est une alchimie complexe mêlant la communication propre de l’entreprise, l’image que renvoient les médias, l’opinion des stakeholders, et une infinité d’autres ingrédients ô combien difficile à appréhender.
L’image corporate en ligne est aussi complexe et plus fluide encore. Pourtant, le site d’une entreprise, qui traduit la parole propre de l’entreprise, vit encore trop souvent comme dans une bulle, en apesanteur par rapport au reste du web et aux autres flux d’information et de discussions qui y prennent place.
Au-delà du travail de référencement qui vise à assurer sa présence et sa visibilité, et d’opérations de web-marketing pour capter du trafic, le site d’entreprise ne se mélange pas ou presque au reste du web. Certains se rappeleront cette image célèbre symbolisant la coupure entre les sites de médias, seuls légitimes pour s’exprimer, et la plèbe blogosphérique faisant le siège de la citadelle des grands médias.
Cette image a déjà vieilli, et rares sont les sites de médias qui n’ont pas depuis abaissé le pont-levis pour accueillir ces contributeurs qui sont aussi leurs lecteurs.
Le site de l’entreprise est aujourd’hui peu ou prou dans la même situation : ouvrir ses contenus à ses stakeholders, ou les voir s’égayer ailleurs sur la Toile pour trouver -ou créer- les contenus qui les intéresse réellement.
Le billet de Jeremiah Owyang est certainement "jusquauboutiste" : le site de l’entreprise n’est certainement pas appelé à disparaître, mais il est incontestablement appelé à évoluer pour rester influent, c’est à dire pertinent. En gardant le contrôle des contenus de son site, on garde certes le contrôle de l’information que l’on dispense, mais certainement pas de la communication qui s’organise autour.
Cette évolution passera nécessairement (mais douloureusement), par un travail d’ouverture, d’écoute, et sans doute une bonne dose d’humilité.
Comment faire évoluer votre inepte site corporate (traduction française de ce billet)
Le web-marketing traditionel a besoin d’évoluer ; ce billet vise à amorcer cette évolution.
Qu’est-ce qu’un site d’entreprise ?
C’est le nom de domaine qu’ils rajoutent après chaque pub, afin d’en savoir plus sur l’entreprise. Vous le connaissez, c’est : nomdelentreprise.com.
Mais nous sommes las du site d’entreprise, de son joyeux baratin marketing, des photos tirées de la banque d’images montrant des gars brillants et dynamiques ou des femmes de couleur réunis autour d’un ordinateur en extase devant votre produit. Las également du communiqué de presse enthousiaste, des testimoniaux de consommateurs ravis, des portraits alignés de cadres supérieurs, des dons généreux pour la protection de l’environnement … Une vision unilatérale à perte de vue.
Le trafic de votre site est peut-être en augmentation, mais cela n’indique en rien la manière dont sont utilisés les sites corporate. L’analyse de trafic n’explique pas pour quoi les gens vont sur votre site, et ils ne viennent pas nécessairement pour les raisons que vous souhaiteriez.
Le site corporate est une extraordinaire accumulation d’hyperboles, d’image de marque artificielle, et de contenus pro-corporate. Par conséquent, les décisions en confiance se prennent ailleurs sur le net.
Pourquoi votre site corporate est-il inepte ?
Le marketing s’est déplacé, il ne se limite plus à deux domaines
Beaucoup de web-marketeurs ont le sentiment que les batailles se jouent au niveau des résultats de Google et sur le site corporate. En réalité, le marketing s’est étendu à bien d’autres domaines dans lesquels les conversations prennent place : réseaux sociaux, sites de notation, tchates, et même les blogs. J’ai consacré un billet spécifique pour expliquer pourquoi le marketing ne se limite plus à ces deux domaines.
Les décisions se prennent avant de se rendre sur le site de l’entreprise
Hier, à l’occasion d’un déjeuner, une étudiante m’a expliqué que ses collègues prenaient leurs décisions d’achat en fonction des sites de notation-consommateurs, et de leurs pairs. Ils utilisent la messagerie instantanée, facebook.com (entre autres réseaux sociaux) et ne visitent que rarement le site officiel de l’entreprise. Si cela est vrai, on peut en déduire que les clients prospectifs prennent leurs décisions avant de se rendre sur le site de l’entreprise pour y trouver des informations factuelles.
Information factuelle
Légalement, les entreprises doivent fournir tous les détails nécessaires sur leurs produits, ce qui milite en faveur des sites officiels. Néanmoins, au cours de ma conversation avec cette représentante de la « Génération Y », elle a ajouté qu’elle utilisait les sites d’entreprise pour obtenir des détails factuels et des éléments de prix, mais bien après avoir déjà pris sa décision sur la base du feedback de ses pairs.
Le futur, et comment rester pertinent :
Les sites sont créés avec les utilisateurs
C’est une idée qui dérange, mais je prédis que les sites qui s’imposeront à l’avenir sont les sites qui associent les consommateurs à la construction du site, avec les collaborateurs. Les sites les plus efficaces proposeront un point de vue équilibré incluant à la fois celui de l’équipe-produit et celui des consommateurs, même s’ils ont des critiques à l’égard du produit.
Des témoignages non-édulcorés de consommateurs apparaîtront
Vous ne serez plus seul à publier sur votre site. Consommateurs, prospects, et d’autres membres de la communauté auront un accès direct pour publier sur votre site. Bien sûr, il y aura des contrôles pour faire en sorte que le contenu soit factuel ou relu, mais il deviendra vite évident pour tous que la voix du marketing ne sera pas la seule à s’exprimer.
Les contenus contiendront à la fois des avis négatifs et positifs à propos de vos produits.
Celui-là est dur à accepter, mais comment faire pour susciter la confiance ? En étant ouvert, authentique et transparent à l’égard du marché. Nous savons désormais compte tenu des études réalisées, que le plus haut niveau de confiance est attribué aux « gens comme moi ». Un bon web-marketeur autorisera la présence de contenus venus des pairs, des consommateurs et du marché. Ces commentaires ne feront pas tous l’apologie du produit, ceretains pourraient même être franchement critiques. Dans quel but ? Pour profiter de ce feedback, et montrer au vu et au su de tout le monde comment vous comptez améliorerez votre offre. Cas d’école : Dell a fait exactement cela.
Votre site deviendra une ressource pour la communauté
Cela veut dire que vos consommateurs auront la priorité, non vraiment, je ne plaisante pas. Cela suppose de parler de vous même mais également de vos concurrents, ce qui veut dire faire des liens vers eux. Insensé ? Je l’ai moi même expérimenté dans mes anciennes fonctions, en tant que manager de communautés. J’ai crée un wiki pour nos clients qui référençait aussi nos concurrents et mon site n’en est devenu que plus pertinent.
Le site corporate de demain sera une source crédible d’opinion et de faits, produit à la fois par l’entreprise et la communauté. Le résultat ? une ressource primordiale pour la communauté des stakeholders dans laquelle l’information circule dans le sens de la création de meilleurs services et produits.
Résultats
Votre site deviendra le point de départ de la recherche d’information pour vos clients, ils auront davantage confiance, vous pourrez peut-être améliorer vos produits et services grâce à ce feedback direct, et surtout, vous devriendrez une ressource pour l’ensemble de vos publics qui devrait vous permettre de de répondre plus rapidement aux besoins de vos clients.
Visualiser :
Nous allons commencer à voir des clients contribuer à la rédaction de la newsletter d’information, des flus RSS sur le site collectant l’information existante ailleurs sur les blogs experts et les sites de médias spécialisés, notation des consommateurs et votes sur les applications ou services qu’ils souhaiteraient voire améliorés. Nous verrons aussi des équipes-produit travailler en temps réel avec les consommateurs, et des consommateurs collaborant les uns avec les autres."


Bonjour,
A la lecture de ce post, j’ai l’impression que le site corporate doit se transformer en blog corporate conçu sur un mode collaboratif… Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’y parvenr surtout au regard du faible nombre d’entreprises française qui se sont réellement lancées dans l’aventure Web 2.0
Bonjour Joaikim (et bravo pour ton blog que je découvre au passage)
Je suis pour ma part très circonspect sur le corporate blogging (sauf en interne, où il prend tout son sens), mais effectivement la nécessaire ouverture à une forme d’interactivité s’imposera progressivement. Pas sûr en revanche que cela doive se limiter à une question de choix technologique sur le site même de l’entreprise ; le plus intéressant me semble-t-il porte sur le travail du service client d’entreprises comme Dell ou Microsoft qui participent aux conversations sur le site mais également, et surtout, en dehors. les collaborateurs sont incités à participer aux forums ou blogs où l’on parle d’eux et de leurs produits. Une sorte de service-consommateur volant
Le modèle du site corporate constitué de photos issues de banques d’image est dépassé.
Le constat est tout à fait correct.
Je ne partage pas en revanche cette vision centralisatrice.
Non, le site corporate n’évoluera pas pour devenir collaboratif.
Le collaboratif s’exerce déjà ailleurs.
Le site corporate servira de surface de contact administrative avec tous les services « UTILES » de l’entreprise.
Gérer sa stratégie digitale reviendra à gérer son « éco-système » d’entreprise :
Initier une conversation honnête, franche, sincère avec ses clients là où ces derniers auront choisi d’être dans l’immensité future des « social media ».
Le matraquage publicitaire conventionnel ne fonctionnera de fait plus aussi bien qu’avant. Il faudra apporter de la valeur au message promotionnel, ou à la relation pour exister, et être « préféré ».
C’est un de sujets qui me tient à coeur sur mon blog d’ailleurs. Je serais ravi d’avoir vos commentaires.
Branislav, merci pour le lien vers ton blog que je découvre et que j’ai ajouté à mon lecteur (le point de vue de Strawberry Frog est top).
Je suis partagé sur ton commentaire : comment être une simple surface de contact administrative -donc sans réel épaisseur ou valeur ajoutée- et se donner les moyens de gérer efficacement son éco-système (notion sur laquelle je te rejoins tout à fait) ? Ca me paraît contradictoire, à moins de créer un simple hub de transit, ou un site-aggrégateur.
Je publierai prochainement un billet d’un chercheur que j’apprécie beaucoup sur ce point. A suivre
Au-delà ou à côté du débat sur la faculté ou la nécessité des entreprises à rendre leurs sites moins vitrine et plus participatifs, je crois que la question qui se pose est celle de la posture de communication et de la tonalité de discours. Avant d’accueillir des contributions extérieures il va sans doute falloir que les entreprises adoptent un langage plus « recevable » par leurs publics finaux, plus humble, plus informel, plus crédible. C’est peut-être ça la première étape, avant le « grand saut » de la participation.
Bonjour à tous !
Je suis assez d’accord avec FG, avant de passer au tout participatif, il y a des étapes. Et l’étape essentielle, que tu décris d’ailleurs dans ton billet, c’est le passage à un ton moins promotionnelle, plus humble…Il s’agit d’un changement qui peut être réalisé par toutes les société. Maintenant, mettre une couche de participatif sur l’ensemble des sites corporate j’y crois un peu moins.
Imaginez une société qui commercialise, je sais pas, des roulements à billes par exemple pour l’industrie. Existe t il un intérêt pour elle de créer cette dimension participative ? Un outil de feedback à la limite, un module « actu » pour présenter des nouveaux produits avec possibilité de commentaires. Mais je ne suis pas certain que la participation soit au rendez-vous….
Bonjour,
Je rejoins Sylvain, dans l’industrie le participatif n’a pas réellement d’intérêt.
J’ai laissé pendant presque 18 mois (en 2006) la possibilité de poster des commentaires et de voter pour des articles et des produits sur http://www.controlab.fr (équipement de laboratoire pour le génie civil) mais le retour a été quasi nul et de fait nous avons choisi d’arrêter.
Nous l’avons lancé peut être trop tôt…
La prochaine version du site (courant juin 2009) permettra de diffuser l’info sur les réseaux sociaux à l’aide du module addthis.
Les usages même dans l’industrie ont changé
On verra bien ce que cela donne !…